Apple et Google, de nouvelles concessions sur son App Store

27 août 2021

En permettant à des applications mobiles d’inclure un lien vers leur site web, où les utilisateurs pourront gérer leur compte et payer leur abonnement, la marque à la pomme fait une concession majeure

Apple va permettre à certaines applications mobiles d’inclure un lien vers leur site web, où les utilisateurs pourront gérer leur compte et payer leur abonnement, un changement d’attitude majeur de la part du géant des technologies, acculé de tous les côtés sur le front de la concurrence.

Le groupe a présenté cette modification prochaine des règles de l’App Store, la plateforme de téléchargement des applications, comme sa solution pour « mettre fin » à une enquête de l’autorité de la concurrence japonaise, d’après un communiqué publié ce mercredi 2 septembre. « La mise à jour va permettre aux développeurs d’applis de « lecture » d’inclure un lien vers leur site web », explique Apple.

À partir de début 2022, des services de streaming, les applis de livres, de journaux et autres médias pourront ainsi échapper à la commission de 15 ou 30 % prélevée par le fabricant de l’iPhone et surnommée « Apple tax » par ces nombreux détracteurs. Elle porte sur les ventes d’applications dans l’App Store et sur les achats de biens et services numériques au sein de ces applis.

Apple a toujours défendu le fonctionnement fermé de son magasin d’applications comme nécessaire pour assurer la sécurité des transactions et aussi des données des utilisateurs. Mais la marque à la pomme fait face à des poursuites lancées par différentes entreprises et autorités dans le monde. Elles lui reprochent d’abuser de sa position dominante en imposant l’App Store comme intermédiaire obligatoire entre eux et leurs utilisateurs. Et aussi de prélever des commissions trop élevées.

 

Apple accepte de revoir les règles de l’App Store

Dos au mur, Apple va finalement accepter que certaines applications intègrent un lien vers leur site web. Sur ce lien, les utilisateurs pourront s’abonner au service, régler le prix de leur abonnement ou gérer leur compte. Ce changement de taille sera mis en place à partir de début 2022, explique Apple dans un communiqué de presse.

Attention, la firme à la Pomme réserve cette possibilité aux applications de type « reader ». Ces apps sont conçues pour afficher des vidéos, de la musique, des fichiers audio, des journaux ou des magazines. De facto, ces applications pourront facturer des abonnements aux usagers iOS sans s’acquitter de la fameuse commission App Store. Début 2022, les applications Netflix et Spotify incluront un lien qui permettra de s’abonner en quelques clics.

“Apple aidera également les développeurs d’applications de lecture à protéger les utilisateurs lorsqu’ils les relaient à un site web externe pour effectuer des achats”, s’engage Apple. Ce revirement fait suite à une plainte déposée par la Commission à la concurrence japonaise (JFTC). Le régulateur japonais accusait Apple de pratiques anticoncurrentielles. Cette défaite judiciaire oblige le groupe à revoir le modèle de fonctionnement de sa boutique d’applications.

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Victoire pour les développeurs

“Apple et Google ont longtemps bénéficié du total contrôle de leurs marchés d’applications respectifs, mais, en Corée du Sud, le paysage est sur le point de changer radicalement”, explique Quartz. Le projet d’amendement à la loi sur les télécommunications empêche les grands opérateurs de boutiques d’applications pour mobiles d’exiger l’utilisation de leurs propres systèmes d’achat. Les récalcitrants s’exposeraient à une amende pouvant aller jusqu’à 3 % de leur chiffre d’affaires dans le pays.

C’est une “victoire majeure pour les développeurs qui critiquaient la domination exercée par Apple et Google sur l’industrie des applications mobiles”, précise le site américain. En 2020, celles-ci ont rapporté 111 milliards de dollars (93,8 milliards d’euros) dans le monde, dont une “large partie est revenue à Apple et à Google”.

Au deuxième trimestre 2021, 75 % des téléchargements d’applications mobiles dans le monde ont été faits sur la boutique Google Play, tandis qu’Apple empochait “65 % des dépenses des consommateurs en achats et abonnements dans les boutiques d’applications”, selon le cabinet d’études App Annie, rappelle le Wall Street Journal.

 

Sur la défensive

Il y a deux façons de voir les ajustements consentis par Apple : ils sont d’abord un moyen de diviser le camp des opposants et, aussi, une tentative d’amadouer les autorités ou d’éteindre les différentes procédures judiciaires visant l’App Store. Ainsi, le changement accordé aux applications « lecteurs » a été déclenché par une enquête de l’autorité de la concurrence japonaise, qui a accepté de la clore. La concession sur les courriels et les « petites » applications est une proposition d’accord à l’amiable pour éviter un procès, après une plainte de développeurs américains.

Mais les dérogations accordées par Apple peuvent aussi donner l’impression que l’entreprise est sur la défensive. Et enhardir ses opposants. Il est difficile de prévoir si ces reculs peuvent avoir un effet sur le très médiatique procès intenté par Epic Games contre Apple. La décision est attendue en septembre. Le créateur du jeu Fortnite réclame le droit d’utiliser un système de paiement alternatif pour les achats d’accessoires dans son jeu. Et, aussi, celui de proposer sur l’iPhone un magasin d’applications concurrent de celui d’Apple, le seul autorisé.

« L’offre d’accord factice d’Apple n’est qu’une tentative désespérée d’éviter le jugement des tribunaux, des régulateurs et des législateurs du monde entier », avait critiqué, le 26 août, la Coalition for App Fairness, une association de critiques d’Apple, dont Epic, Spotify ou ProtonMail.

La pression sur Apple reste très forte. La Corée du Sud a voté, mardi 31 août, une loi obligeant les magasins d’applications à autoriser les systèmes de paiement alternatifs. En Europe, la Commission a ouvert une enquête, après une plainte de Spotify, et le projet de règlement Digital Markets Act inclut des règles pour les magasins d’applications. Même aux Etats-Unis, des démocrates ont déposé une proposition de loi pour « ouvrir » les magasins d’applications, et les autorités de la concurrence n’excluent pas de poursuivre Apple.

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Potentiel effet domino

La Corée du Sud est loin d’être un cas isolé. Les conditions très restrictives imposées par Apple et Google aux développeurs d’applications font l’objet d’une levée de boucliers en Europe et aux Etats-Unis. Mais le pays de Samsung est le premier à joindre la parole aux actes.

La décision de Google de prélever dès octobre cette commission en Corée du Sud, alors que le pays en était exempt jusqu’à présent, a servi de déclencheur. « L’impact financier pour Apple et Google devrait être assez négligeable. En revanche, la loi sud-coréenne pourrait créer un effet domino dans le monde », explique Daniel Ives, analyste chez Wedbush Securities, interrogé par la chaîne CNBC.

Apple et Google avaient bataillé depuis des mois contre le texte. Aux Etats-Unis, plusieurs lobbys financés par les deux géants ont alerté l’administration Biden. Selon eux, le texte était même contraire à un accord signé en 2007 entre les Etats-Unis et la Corée du Sud, dans lequel les deux alliés s’étaient engagés à ne pas discriminer leurs entreprises respectives. Mais le gouvernement américain, tiraillé entre sa volonté de réguler les Gafa à domicile et la défense de leurs intérêts à l’étranger, est resté flou sur sa position.

Apple et Google ont également eu recours à leur ligne de défense habituelle. Pour les deux géants, ce système de commission rémunère leur pouvoir de distribution. Ces commissions permettent aussi de financer la sécurité de leurs magasins d’applications, de protéger les données personnelles, de lutter contre la fraude.

 

Un accord au Japon, une victoire pour le monde entier

La Japan Fair Trade Commission ou JFTC, qui supervise au Japon la saine concurrence, a lancé en 2019 une enquête à l’encontre d’Apple concernant ce genre de conditions. À la conclusion de cette enquête, Apple est parvenu à un accord avec la JFTC qui a décidé de renoncer à des poursuites et « d’éliminer les soupçons«  de restriction d’activités commerciales de certaines entreprises (vente de contenus numériques notamment). Ce qui est intéressant, c’est que cet accord modifie les conditions de l’App Store pour le monde entier.

Pour garantir une bonne et sûre expérience utilisateur, les directives de l’App Store exigent des développeurs qu’ils vendent des services numériques et des abonnements en utilisant le système de paiement in-app d’Apple. Étant donné que les développeurs d’applications « readers » ne proposent pas d’achat de biens et de services numériques dans l’application, Apple a convenu avec la JFTC de laisser les développeurs de ces applications partager un lien unique vers leur site web pour aider les utilisateurs à créer et à gérer leur compte.

Cette décision concerne donc uniquement les applications de type « readers », c’est-à-dire proposant « du contenu acheté ou par abonnement de type magazines, journaux, livres, audio, musique ou vidéo ». Si l’on parle de musique ou de vidéo par abonnement, Netflix et Spotify sont donc les premiers concernés tout comme les organes de presse. Des services qui proposaient déjà, pour la très grande majorité, de s’abonner depuis leur site, mais sans pouvoir le faire dans ou depuis l’application.